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Un nouvel élan …

Nos priorités et besoins ne seront jamais mieux définis que par nous-même

Aujourd’hui, je regardais la petite maison dans la prairie et l’état de santé de Lars Hanson était en ruine. A l’image du village qu’il avait construit jadis avec une telle passion. Il dit d’une voix chancelante à son ami le Dr Becker : « C’est sa population qui fait un village, pas les maisons ». Cette phrase est tellement vraie et quelle que soit l’époque où le contexte …

Récemment, j’étais chez le dentiste et me tordais de douleur sous ses instruments. Mais il insistait et continuait son travail en me disant : « mais non tu n’as pas mal c’est impossible je le verrai sur mon appareil ! ». Il travaillait et regardait ma dent sur son écran. Il était convaincu que j’en faisais trop alors que moi j’avais vraiment mal. C’était comme si sa machine était plus en lien avec ma douleur que mon nerf lui-même !

Ça m’a fait penser à tous ces gens instruits qui croient nous connaître et connaître les solutions à nos problèmes mieux que nous-même. Ces personnes sont souvent bienveillantes et pleines de bonne volonté mais si j’essayais de régler leurs difficultés je m’y prendrait aussi mal qu’elles s’y prennent pour régler les miennes. N’étant pas issus du même milieu socio culturel, nos préoccupations et priorités de vie ne sont inéluctablement pas les mêmes.

J’aimerais que dans nos quartiers, on nous fasse enfin confiance. Que l’on nous aide, que l’on soit associés, que l’on fasse les choses ensemble, oui. Mais en nous donnant les outils pour nous sortir par nous-même des galères liées à nos conditions de vie, pas en pensant les solutions à notre place. « Ce qui est fait pour nous sans nous est fait contre nous » – Nelson Mandela.

C’est de ces sentiments très souvent partagés par mes amis et « semblables » qu’est né il y a quelques mois, le collectif  : « Elan Jeune ». Une association pour les habitants, par des habitants.

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https://elanjeune.wordpress.com
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Pourquoi « Vues de l’intérieur » ?

Parce que beaucoup de Français ignorent tout de nos quartiers et s’en sont fait une opinion sur des élucubrations souvent malsaines !
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Le harcèlement moral dans nos cités

Les habitants des quartiers populaires et plus particulièrement les musulmans subissent une forme de harcèlement moral.  A petites doses et répétitif, suffisamment pour les fatiguer et les anesthésier lentement mais sûrement.

Le harcelé réagit alors souvent comme dans l’expérience de la grenouille, qui si on la jetait dans l’eau bouillante sauterait d’un bond, mais qui reste immobile quand on monte la température progressivement jusqu’à ébullition, alors au moment où ça brûle elle n’a plus la force de bondir.

grenouille

Notre situation est comparable. Ça brûle de plus en plus mais on se dit que ça va aller. Seulement, c’est de plus en plus chaud et on finit par accepter des choses qu’on ne devrait pas mais qui sont tellement ancrées dans notre réalité quotidienne que ça en devient normal. Ce climat malsain nous use insidieusement, de l’intérieur et petit à petit.

On nous tue à petit feu … Est-ce ce que Marianne aurait voulu pour ses enfants ?

 

 

Les fruits de nos cités

cactus fruitsDe nos cités arides nous vaincrons fièrement

Au loin, souffle le vent de notre printemps

Mais personne ne l’entend

Assourdis par l’intolérance qui nous arrose et nous laboure

Nos cités bourgeonnent déjà, mais très peu le perçoit

Aveuglés par la haine de malveillants et de traitres médias

Nos cités fleuriront et apporterons fruits en leur temps

Et en dépit de la confusion, du bruit et des mauvais traitements

Nos fruits seront succulents et extrêmement résistants

Activités pour adolescents casse-cou

A l’âge où leur corps est en pleine métamorphose, les ados ont besoin de le redécouvrir et de se le réapproprier mais pas n’importe comment. Au même titre qu’ils testent les limit…

Source : Activités pour adolescents casse-cou

Nouveau cap : « changer mon monde avant de changer le monde »

vacances

Merci à mes (presque) 100 abonnés de me lire et de me soutenir régulièrement. J’ai un grand besoin de vacances et de repos. De me recentrer sur mon organisation personnelle et familiale, sur l’essentiel. De faire le ménage dans ma vie. Cette année scolaire m’a usée. J’ai pris 10 ans, 10 kg … Mais c’est avant tout de ma faute. J’ai oublié de penser à moi et me suis éparpillée dans trop de choses à la fois.

Bonnes vacances à tous, à bientôt !


Safya

Pauvre & bénévole

Etre bénévole, c’est super et enrichissant, à condition d’avoir du temps libre et une situation financière stable. Sinon, c’est nuisible et contradictoire. Je l’ai appris à mes dépens cette année. Sans rentrer dans les détails, je me suis investis dans des projets sur lesquels : soit je n’avais que très peu de pouvoir, soit pour des causes dont on ne verra le bénéfice (éventuel) qu’à long terme. Lire la suite de « Pauvre & bénévole »

Le décrochage scolaire : une malédiction dans nos cités ?

Telle une malédiction, la menace du décrochage scolaire pèse sur nos enfants à la Duchère et dans tous les quartiers dits sensibles. Mon fils a été un très bon élève jusqu’à ce que des problèmes personnels le plomblent et qu’il embarque dans le train du décrochage en fin de 3ème.

décrochage scolaire

Pourquoi est-on plus enclins à décrocher dans les quartiers populaires qu’ailleurs ?

Pour moi, les raisons ont été notamment : de la négligence (de ma part aussi), un manque d’écoute, de compréhension et d’empathie de la part de l’équipe éducative et de l’Académie.

S’il y a aujourd’hui un conseil que je peux donner aux parents de la Duchère et des quartiers « sensibles » en général c’est :

  • Allez au CIO le plus tôt possible, votre enfant commencera à réfléchir à ce qu’il a envie de faire avec des personnes compétentes. Parlez en aussi avec lui.
  • Ne prenez pas pour argent comptant ce que l’équipe éducative du collège vous dit, même s’ils font preuve de bonne volonté, ils sont parfois dépassés par l’ampleur du travail. Et puis, ce ne sont pas leurs enfants et ils n’en ont pas qu’un seul à orienter. Moi, ils m’avaient dit lors du conseil de classe du 2ème trimestre : « Ne vous inquiétez pas on s’occupe de votre fils », j’ai fait confiance … Et ça nous a mené au décrochage.
  • Remplissez la fiche de vœux avec une très grande attention et très méticuleusement. Ne le faîte pas au dernier moment. Vous pouvez vous faire aider bien sûr, mais méfiez-vous, une seule erreur peut être fatale, irréversible et se retourner contre vous. J’ai mal rempli la fiche de vœux parce que mon fils ne savez absolument pas ce qu’il voulait faire. J’essayais de lui arracher quelque chose qu’il ignorait vraiment. Il devrait y avoir aussi une case : « Ne sais pas ». Au final, le seul vœu que j’ai choisi à sa place, par erreur, a été le choix  qui nous a été «imposé».

Une fois qu’il est orienté en lycée professionnel et que ce n’est pas un domaine qu’il a VRAIMENT choisi sans (mauvaises) influences extérieures, il commencera à décrocher et vous vous userez à le raccrocher. Vous recevrez régulièrement des sms et des appels du lycée qui vous rappelleront sa situation et vous plongeront dans le désespoir. Qui vous rappelleront que votre enfant est sorti avec son cartable mais pas pour aller à l’école. Et dans cette bataille-là, vous serez seule au monde. Ceux qui auront pris la lourde décision finale de son orientation ne seront plus là, pas même pour demander de ses nouvelles. Le travail a été mal fait mais qu’importe, il n’est plus élève au collège.

Ce combat vous épuisera, vous fera perdre la tête, la mémoire, votre joie de vivre, vous donnera des cheveux blancs, des insomnies … L’avenir de votre enfant et le vôtre sembleront sombre. Votre enfant souffrira autant, peut-être même plus que vous et l’exprimera selon sa personnalité. Et vous l’observerez souffrir, impuissants. Il aura la possibilité de se réorienter en fin de seconde mais il aura souvent déjà 16 ans et ne sera plus prioritaire. Vous aurez donc très peu de chances pour qu’ils soient accepté dans le lycée de son choix.

Ne faites confiance aveuglement à personne, je me répète parce que c’est très important. Vous seuls et votre enfant savez ce qui est bien pour lui et la décision finale devrait vous revenir. Récemment, je suis allé au CIO pour demander une réorientation. La directrice a ressorti le dossier de mon fils et la décision qui avait été choisie par la conseillère d’orientation en fin de 3ème était : le redoublement, ce que je me suis tuée à demander en vain

Sachez que plus qu’ailleurs (aussi), quand il aura complètement décroché d’autres voies l’accueilleront volontiers : une mauvaise estime de lui même, la délinquance, le trafic de drogue, l’exclusion, la prison, le despoir, la dépression …

Il faut agir en amont, bien avant. Faites-vous aider avec les dispositifs et outils à votre disposition, mais ne faites confiance à personne. C’est de l’avenir de Votre enfant dont il s’agit et à part vous, ça n’empêchera personne de dormir s’il décroche …

Dounia – 3

Khadra devint brusquement étrange à l’égard de sa belle-fille le soir de ses premières règles. C’était il y a 3 ans, lors d’une sortie scolaire au parc de Parilly avec sa classe de 5ème . Après une course d’orientation, une partie de loup et une séance d’arrosage improvisée avec ses camarades, c’était l’heure de rentrer et le prologue vers l’âge adulte pour Dounia. En guise de symptôme, son corps s’était mis à saigner de l’intime intérieur, la douleur fut telle qu’elle comprit que sa vie venait de basculer.

Dounia -4

Dans le car du retour elle observait avec nostalgie ses amies s’amuser sans elle. Elle enviait leur innocence et leur joie enfantine. Elle s’était sentie arrachée et exclue de cet univers insouciant contre son gré. Elle savait toutes ses amies non atteintes de ce mal honteux, du moins c’est ce qu’elles disaient. A cette époque avoir ses règles était une tare et yemma lui avait clairement expliqué que ce jour-là, elle deviendrait femme et qu’il faudrait impérativement qu’elle l’en informe.

Ce que fit timidement Dounia à son retour : « Yemma, j’ai saigné », elle n’eut point besoin de préciser l’origine du saignement, la quinquagénaire compris immédiatement à la gêne de la fillette « tu n’es pas tombé !? On ne t’a pas fait du mal !?» L’enfant répondit non, tête baissée. Khadra s’était alors mise à son niveau, empoignant de ses grosses mains les 2 bras chétifs de la fillette et tentant de pénétrer au plus profond de ses yeux affolés « Tu me le dirais n’est-ce pas ? », « mais t’inquiètes Yemma je suis ni tombée ni rien » répondit Dounia la gorge serrée en essayant de se dégager de l’étreinte imposée.

Puis la femme lui donna la monnaie nécessaire pour acheter ses protections sans aucune autre information, elle dut se débrouiller tant bien que mal avec ce qu’elle avait appris à la télévision, avec ses amies … Ce soir-là, Yemma afficha un air grave qui ne se dissipa qu’à peine depuis.

Dounia se sentait coupable d’un corps devenu imprévisible et étranger. Un corps qui l’avait éloigné de sa maman de cœur et d’adoption. Le comportement de Mohsin avait également changé par procuration. Sa mère lui avait transmis son trouble en l’informant du nouvel état de sa sœur. Lui, avait fait preuve de moins de retenue dans son propos et lui avait craché en pleine face : « Ramène un ventre et jte jette du 14ème ! » …

Déchoir les préjugés – 4

Les « assistés » sont privilégiés


La pauvreté n’est pas un privilège. On ne s’y habitue jamais. On la supporte, en espérant en sortir chaque jour.

Et comme une guirlande d’épines autour du cou, la pauvreté a tout son lot de misère assorti : la précarité de l’emploi, du logement, les racismes, les problèmes de santé psychiques et physiques, les différentes formes d’exclusion …

Mais en plus de toutes les difficultés qu’elle génère, certaines personnes aimeraient nous mettre à terre, nous voir ramper et nous ôter jusqu’à notre dignité.

Un jour, une salariée administrative a dit à sa collègue au téléphone : « je suis face à une personne (moi) qui n’a aucun statut … ». Et elle parlait de moi comme si elle était seule et qu’il n’y avait rien, ni personne en face d’elle.

Une autre fois, une conductrice de bus à qui j’avais demandé un renseignement, s’était permise de me dire, agacée : « Je ne réponds pas aux assistés ». Pourtant, ma situation n’était pas affichée sur mon front et quand bien même j’avais été sans emploi. Est-ce que ça lui donnait le droit d’être agressive ?

Ce type d’anecdotes est régulier, sans compter toutes ces personnes qui vous parlent sèchement, parfois même sans vous regarder.

Face à ce genre d’attitude, il est nécessaire de : montrer à la personne qu’on a en face avec des mots, une attitude ou un regard, qu’elle n’est en rien supérieur. Généralement elle reprend sa place.

Pour moi ça fonctionne, et même si je reconnais être aujourd’hui plus facilement sur la défensive. Je n’autorise personne à toucher à mon intégrité ou à m’humilier. Ma dignité ne dépend ni du mépris, ni de la condescendance d’autrui.


Les « assistés » profitent du système


De quel système ? Je ne saisis pas bien le sens de ce mot et il m’intéresse peu. Je me sens plutôt prisonnière, maintenue dans un état contre mon gré. Je persiste à chercher un emploi malgré les refus systématiques. Je reste active et bénévole, travaille aux mêmes rythme et intensité qu’un salarié. A la seule différence que je ne suis pas rémunérée.

Malgré cela, j’ai envie de croire en l’avenir. Là où ça devient à la limite du supportable, c’est quand on observe, impuissante, ses enfants et ses proches souffrir et s’abîmer à cause de ce fléau et du « manque ».

Car même en répétant sans cesse que ce n’est pas la situation financière d’une personne qui en définit sa valeur et que la vraie richesse est humaine. Ça ne demeure qu’un murmure inaudible quand tout ce qui est autour montre froidement que « sans argent, tu n’es rien ».

 

 

Relogement : ça va mieux

Récemment, nous ( les representants du collectif ) avons demandé une réunion collective dans le cadre du relogement. Les personnels de Grand Lyon Habitat ont répondu à notre demande. Nous avons été accueillis dans leurs locaux par 3 personnes de l’agence, une du GPV et l’adjointe aux affaires sociales, santé, logement.

Ce qui est déplorable, c’est que nous n’étions que très peu de locataires. Et que les personnes pour qui nous avions demandé cette réunion ne sont pas venues par individualisme. Et je ne parle pas de ceux pour qui l’heure ne convenait pas. 

Dorénavant, il sera donc hors de questions que nous nous impliquions pour des personnes qui ne font pas d’effort pour ce collectif et pour l’intérêt commun. flyespoird

Jusque là, nous n’avons fait que transmettre et demander des réunions aux acteurs du relogement pour des problèmes qui n’étaient quasiment jamais individuellement les notres. Les représentants de collectifs se mettent en avant au détriment de leurs propres intérêts et se « grillent » même parfois, pour des personnes qui souvent ne le méritent pas ! Beaucoup de locataires se plaignent sans cesse mais quand il s’agit d’agir de manière constructive, il n’ y a plus personnes.

En revanche, du côté de Grand Lyon Habitat, il y a eu une amélioration au niveau de l’écoute. Ils ont par ailleurs, prévu un local avec un deuxième conseiller en relogement pour répondre à nos attentes. Beaucoup de relogés le sont dans le neuf et en sont pour le moment satisfaits. Tout n’est pas parfait bien entendu mais ils font des efforts et il serait injuste de notre part de ne pointer que ce qui est négatif.